La technique Meisner : vivre pour de vrai dans des circonstances imaginaires

Son nom revient dans les biographies d’acteurs américains, dans les conseils des directeurs de casting, dans les programmes des écoles anglo-saxonnes. En France, on l’entend plus rarement, et souvent mal, car beaucoup la confondent avec « la Méthode » de Lee Strasberg. La technique Meisner est pourtant l’une des approches du jeu les plus précises qui soient.

Philippe Peyran Lacroix, qui dirige le Cours Peyran Lacroix, a été le premier à introduire en France, il y a plus de vingt ans, l’intégralité du processus de Sanford Meisner, et il l’enseigne depuis. Voici ce qu’elle est, d’où elle vient, et ce qu’elle change chez un comédien.

Qui était Sanford Meisner ?

Sanford Meisner (1905-1997) est un acteur et professeur américain. Au début des années 1930, il fait partie du Group Theatre de New York, un collectif d’acteurs, d’auteurs et de metteurs en scène qui s’inspire du travail de Stanislavski. Ce groupe a profondément renouvelé le théâtre américain, et trois approches du jeu en sont sorties, celles de Lee Strasberg, de Stella Adler et de Sanford Meisner.

Meisner a ensuite enseigné pendant des décennies à la Neighborhood Playhouse de New York. Il y a construit, étape par étape, une méthode pour rendre l’acteur pleinement vivant dans les circonstances imaginaires posées par l’auteur. Sa définition du jeu tient en une phrase : vivre pour de vrai dans des circonstances imaginaires.

Un processus par étapes

La technique Meisner ne se résume pas à quelques exercices. C’est un processus construit pas à pas, où chaque étape s’appuie sur la précédente, et qui se travaille sur deux ans.

La répétition. C’est l’exercice le plus connu, et le premier. Deux acteurs face à face. L’un dit ce qu’il observe chez l’autre, l’autre le répète. Rien n’est inventé, tout part de ce qui se passe, là, entre eux. Meisner avait remarqué que le principal blocage de l’acteur était le manque d’écoute, et son corollaire, le contrôle de sa propre interprétation. La répétition déplace l’attention de soi vers le partenaire. À partir de là, et dans tout le processus, tout part du partenaire, jamais de soi.

L’activité, ou la réalité du faire. L’acteur doit être disponible à la fois à son partenaire et à ce qu’il est en train de faire physiquement. Une activité physique, très difficile à réaliser mais pas impossible, et jamais intellectuelle.

La préparation émotionnelle. L’acteur apprend à entrer en scène déjà habité par une émotion, en s’appuyant uniquement sur son imaginaire, jamais sur ses souvenirs.

L’improvisation. C’est l’adaptation : l’acteur réagit à ce que son partenaire lui renvoie, dans des circonstances données, sans rien décider à l’avance.

Le travail du texte et de la scène. L’acteur intègre les circonstances imaginaires de l’auteur. Il ne joue pas ce qu’il veut montrer, il vit réellement à partir de ce qu’il sait du personnage.

Une première séance, concrètement

Pour un débutant, la première séance est déroutante de simplicité. Philippe Peyran Lacroix la décrit ainsi : « Il s’agit de revenir à de l’observation factuelle, d’intégrer les informations de cette observation et de les redécouvrir comme si c’était la première fois. »

Dès cette étape, ajoute-t-il, il y a l’idée de « se libérer du passé, de ne plus présupposer un futur inexistant et de s’aligner dans la chose la plus simple et la plus difficile, l’instant présent ».

Ce qui change au bout de quelques mois

Le premier changement visible, selon lui, c’est l’écoute. « Beaucoup de jeunes acteurs pensent que jouer c’est dire, alors que sans écoute rien n’est possible sur un plateau, que ce soit à la caméra ou au théâtre. »

Le second est plus difficile à nommer. C’est une vérité à laquelle on n’est plus habitué sur scène. « Les jeunes comédiennes et comédiens commencent à s’exprimer avec leur cœur, et non plus avec leur mental et tous les formatages dus à l’éducation sociale. »

Meisner et Strasberg, la différence

On les confond souvent, parce qu’ils viennent du même groupe et de la même source, Stanislavski. Mais Lee Strasberg fonde son enseignement sur la mémoire affective. L’acteur va chercher dans ses propres souvenirs et ses traumas l’émotion dont la scène a besoin. Meisner a toujours été en totale opposition avec ce processus. Strasberg a appelé son approche « la Méthode », et comme il l’enseignait à l’Actors Studio, on l’a assimilée à tout le Studio, où bien d’autres approches ont pourtant été enseignées.

« La différence fondamentale, et ce qui a opposé Lee Strasberg et Sanford Meisner, c’est que Meisner ne travaille que sur l’imaginaire des comédiens », explique Philippe Peyran Lacroix. « Il ne rentre pas dans le vécu et les traumas des individus. Il ne fait pas d’analyse psychologique. Meisner travaille sur la vérité des sentiments et sur la capacité des acteurs à se reconnecter à leur instinct, avant que le mental ne vienne les parasiter. »

Au Cours Peyran Lacroix, toutes les approches enseignées reposent sur l’imaginaire.

La technique Meisner en France

Philippe Peyran Lacroix a découvert les premières étapes de l’approche il y a plus de trente ans, auprès de Robert Cordier, metteur en scène et pédagogue, et de sa collaboratrice Leslie Chatterley. Il a ensuite travaillé un an à Paris avec Jack Waltzer, membre à vie de l’Actors Studio et coach de nombreux acteurs américains, dont Dustin Hoffman, qui lui a transmis d’autres étapes de l’approche. Il a enfin eu accès à l’intégralité du processus tel que Sanford Meisner l’avait construit, et c’est lui qui l’a introduit en France, il y a plus de vingt ans.

Au Cours Peyran Lacroix, la technique Meisner est l’un des deux axes du Cursus Professionnel. Elle s’y enseigne sur deux ans, avec la répétition et l’activité la première année, puis l’expression émotionnelle et le travail de scène la seconde, notamment sur les monologues de Spoon River d’Edgar Lee Masters. Le détail du programme est sur la page du Cursus Meisner.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la technique Meisner ?

C’est une méthode de jeu développée par l’Américain Sanford Meisner à partir des années 1930. Elle part de l’écoute du partenaire et de l’instant présent, avec un exercice central, la répétition, puis l’activité et le travail du texte. Elle repose sur l’imaginaire de l’acteur, et jamais sur ses souvenirs personnels.

Quelle est la différence entre Meisner et Strasberg ?

Lee Strasberg fait appel à la mémoire affective, l’acteur puisant dans son propre vécu et ses traumas. Meisner a toujours été en opposition avec ce processus. Il travaille uniquement sur l’imaginaire et sur l’instinct, sans entrer dans l’histoire personnelle du comédien.

Peut-on apprendre la technique Meisner en stage ?

Au Cours Peyran Lacroix, elle est aujourd’hui enseignée sur deux ans, dans le Cursus Professionnel. « C’est un choix que nous avons fait et qui n’est en rien définitif », précise Philippe Peyran Lacroix. Des stages intensifs pourraient permettre, à l’avenir, d’acquérir le processus avec autant de pertinence.

Où apprendre la technique Meisner à Paris ?

« Nous sommes la seule école en France à proposer l’intégralité du processus tel que créé et défini par Sanford Meisner », affirme Philippe Peyran Lacroix. La classe Meisner s’adresse aux comédiens professionnels ou en cours de professionnalisation, et l’admission se fait sur entretien.

Admission sur audition ou sur entretien. Les modalités sont détaillées sur la page de la formation d’acteur.

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